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Ô l'arnaque, la suite-suite !

Seizième jour du mois des Etoiles
La Canine de Vampire Seuls les plus crédules d’entre nous s’imaginent qu’il s’agit réellement d’une dent de ces créatures mythiques morts-vivantes censées s’abreuver de sang humain et vulnérables à l’ail, au soleil, à l’eau vive et autres fadaises. Aux pieux, encore, ça paraît logique... Non, il s’agit ici de ces immenses chauves-souris qui vivent dans les contrées du sud et ne passent au-dessus de chez nous qu’une fois par an, pour un mystérieux voyage initiatique. En prévision de cette occasion, une espèce très particulière de moustiques géants issus des Marais Hantés est élevée en permanence dans nos Ecoles car c’est leur nourriture préférée. Elles n’y résistent pas. Leur Père, comme est appelé celui qui en a la responsabilité, vit toujours dans un bâtiment à l’écart et seul le Grand Mage a le droit de le rencontrer. Je ne l’ai donc jamais vu mais il paraît que sa peau est aussi épaisse que du cuir et qu’il porte en permanence un masque, destiné bien sûr à le protéger des piqûres venimeuses des insectes mais également à éviter au Grand Mage la vue de son visage hideux. Je ne sais pas d’où viennent les Pères, mais toujours est-il qu’un nouveau arrive toujours à la mort de l’un d’eux. Secrets de magiciens...
En tout cas, ces moustiques géants doivent eux être abreuvés de sang frais et humain, raison pour laquelle il semblerait que la saignée soit un remède souverain prôné par nos médecins (qui en apportent plusieurs litres par jour dans chaque Ecole et repartent toujours par le bureau du Trésorier Payeur). Donc, lorsque le jour arrive du passage des chauves-souris, chacun sait qu’il doit se terrer dans sa demeure. Le Père fait alors un lâcher de moustiques et le Grand Mage sort son filet à papillons géant. Personne ne doit assister à la chasse. D’ailleurs, personne n’en a envie... Ce sont en général les novices qui récupèrent le lendemain les précieuses Canines sur les cadavres des chauves-souris. Sauf chez nous. Et pour cause !
Le Huitième Fils savait pertinemment que n’importe quel petit morceau de calcaire suffit !

Dix-septième jour du mois des Etoiles
La Mesure de Peur Bleue Il semblerait qu’il y ait ici aussi déformation pour impressionner les foules. C’est mesure de beurre bleu qu’il faut entendre. Et le beurre bleu, comme de bien entendu, est fabriqué à partir de lait bleu, le lait bleu étant issu du pis de la vache bleue, celle qui mange l’herbe bleue des Plaines Saphir. Et le seul problème, c’est que les Plaines Saphir s’étendent à des milliers de lieues d’ici, de l’autre côté des Montagnes Turquoises. Et que le seul col pour passer ces montagnes se trouve à vingt mille mètres d’altitude. Et qu’il est gardé par les sauvages Marines aux tatouages incompréhensibles. Et que ces Marines fichent une peur bleue même aux magiciens... Perlimpinpin avait expliqué à son Huitième fils qu’en ajoutant quelques pétales de fleurs de lin dans la baratte, on obtenait un beurre bleu tout aussi efficace (voire plus) et bien meilleur sur les tartines.

La Pointe d’Ironie C’est connu, l’Ironie est une espèce de hérisson qui doit son nom au fait que, quand on le regarde dans ses petits yeux ronds sombres comme l’ébène, on a toujours l’impression qu’il se moque de nous. Une Pointe d’Ironie est donc tout simplement un piquant de ce petit mammifère. Mais l’Ironie est une espèce protégée depuis des centaines d’années et toute personne, fut-elle un magicien, surprise à l’agresser d’une manière quelconque est condamnée à mort. De plus, l’Ironie est la seule espèce de hérisson qui préfère vivre loin des humains et ne s’apprivoise absolument pas. Les magiciens récompensent donc largement toute personne leur apportant un cadavre d’Ironie de moins de trois jours, délai après lequel les piquants perdent tout leur pouvoir.
Sur ce sujet, mon père n’avait pas encore découvert le secret de Perlimpinpin.

Dix-neuvième jour du mois des Etoiles
La Plume de Griffon Le problème, avec la Plume de Griffon, c’est qu’il ne faut pas trouver un Giffon, mais deux Griffons pour en obtenir. Et qui plus est, tomber sur deux Griffons qui ne s’aiment pas et sont en train de se battre. Il suffit alors d’attendre la fin de leur combat pour récupérer une large provision de Plumes dès qu’ils se sont éloignés. Parce que même un magicien, sauf peut-être un Grand Mage, ne peut affronter un Griffon sans risquer de le tuer malencontreusement, ce qui n’est évidemment pas le but étant donné l’actuelle rareté de cet animal fabuleux.
Je ne sais pas comment font les magiciens des sept autres Ecoles, mais le Huitième Fils savait que n’importe quelle plume de n’importe quel aigle a les mêmes propriétés.

Vingtième jour du mois des Etoiles
La Barbe d’Ogre Voilà enfin quelque chose qui paraît simple. Il suffit de trouver un Ogre et de lui piquer quelques poils de sa Barbe... Le problème, c’est que le plat préféré de l’Ogre est le magicien. Il trouve cela beaucoup plus sport que de croquer les petits enfants et la compétition le met en appétit. La meilleure méthode pour un magicien de parvenir à ses fins est donc d’utiliser un sort de sommeil pour endormir l’Ogre. Mais l’ingrédient principal du sort de sommeil étant la Barbe d’Ogre, tout cela se mord la queue. La solution pour le magicien est bien entendu de tomber sur un Ogre qui ne s’est pas rasé depuis des semaines, sûr qu’il est alors de récupérer beaucoup plus de poils de Barbe qu’il n’en consommera. Le service de renseignements des Huit Ecoles a donc été obligé de mettre sur pied une section spéciale localisation des Ogres à Barbe longue uniquement composée d’éléments soigneusement sélectionnés pour leur agilité, leur petite taille et, surtout, leur poids : toujours inférieur à cinquante-sept livres ce qui, en général, n’appelle sur le faciès des Ogres qu’une mimique de dégoût.
Perlimpinpin avait bien pris soin d’expliquer à son Huitième Fils que les Ogresses étaient presque aussi poilues que leurs époux et avaient également une passion secrète pour les magiciens. Mais d’une nature toute différente...
Je trouve que là Perlimpinpin aurait pu trouver mieux pour son Fils préféré...

Vingt-et-unième jour du mois des Etoiles
Le Nez de Troll Là, c’est presque trop facile ! Tout le monde connaît des coins à Trolls, comme on connaît des coins à champignons. Chaque École a le sien. Il suffit aux magiciens de s’y rendre à une époque où il n’y a pas trop de touristes, donc généralement en hiver. Les magiciens montrent alors aux Trolls une bourse pleine de piécettes de cuivre et attendent. Les Trolls se livrent ensuite entre eux à un petit jeu assez simple à base de morceaux de paille puis trois d’entre eux rejoignent les magiciens, l’air penaud, en jetant des regards furieux à leurs congénères morts de rire. Puis ils se laissent gentiment couper le Nez, en couinant parce que ça leur fait quand même mal. Nez qui se régénérera bien vite, évidemment. Et la bourse de piécettes passe alors dans leurs mains griffues et va rejoindre leur trésor. J’ai dit plus haut que ce commerce se fait hors période touristique mais j’ai oublié de préciser pourquoi. S’il est de notoriété publique que les meilleurs coins à Trolls se trouvent sous les ponts, peu de gens savent qu’en réalité les Trolls sont des êtres délicats et très sensible à leur apparence. Ils aiment que leurs clients les voient sous leur meilleur jour lorsqu’ils leur demandent une modeste piécette pour leur octroyer le passage. Et un Troll sans Nez est beaucoup moins engageant qu’un Troll avec Nez, non ?
Père n’a rien indiqué de particulier sur ce sujet en ce qui concerne le Huitième Fils.

Vingt-deuxième jour du mois des Etoiles
Le Cheveu d’Ange J’ai vu un jour, dans un grimoire, un dessin représentant un ange. Depuis lors, je m’étais toujours demandé comment les magiciens pouvaient se procurer des cheveux de ces créatures androgynes, éthérées et glabres. Il était évident pour moi qu’aucun cheveu ne pousserait jamais sur les crânes de tels êtres. Père a trouvé. Le Cheveu d’Ange provient en réalité d’un papillon de nuit nommé Méphistosis, plus précisément du cocon de ce papillon puisque c’est le fil de soie dont il est tissé qui sert à la réalisation des sortilèges. Il suffit donc de récupérer des cocons. Oui mais... Les Méphistosis se nourrissent exclusivement sur les fleurs du houblon cultivé par les gnomes des Terres Riantes. Cette espèce de houblon étant issue de nombreuses recherches et améliorations effectuée par les gnomes, elle ne se retrouve nulle part ailleurs. Je n’ai malheureusement eu qu’une fois l’occasion de goûter leur bière et c’est vrai que j’en ai un souvenir ému. Donc lorsqu’un magicien a besoin de Cheveux d’Ange, il doit négocier avec les gnomes. Et il n’y a qu’une façon de négocier avec eux : il faut les distraire. Et les gnomes ne trouvent rien de plus distrayant qu’un magicien qui essaie de les faire rire. Aussi refusent-ils systématiquement toute prestation de troubadours ou saltimbanques par lesquels le magicien aurait pu se faire accompagner. En gros, c’est le magicien qui doit se ridiculiser s’il veut son précieux ingrédient.
J’aimerais bien voir ça au moins une fois... Forcément, ceci étant bien indigne de son Huitième Fils, Perlimpinpin lui avait conseillé de remplacer le Cheveu d’Ange par du vermicelle.

La suite ! La suite ! La suite !
Ca vient, ça vient, ça vient !
La conclusion de l'histoire de Perlimpinpin est en ligne ici !
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